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Nous aurions pu avoir le statut de "perdu dans le désert", ce presque néant où tout ce qui nous intrigue est à portée de main, mais reste si lointain qu'il nous force à aller plus loin, histoire de nous catapulter dans les lointaines contrées sahariennes, sans eau, sans repère, coupés du temps et de l'espace.
Notre sixième voyageur ne pouvait pas se perdre et pour cause : il est une carte géographique ; appelé pompeusement "ALGERIE et SAHARA", il constituait à lui seul une idée exotique qui nous pousserait à quitter tout le monde pour ... s'y perdre.
Imprimée en 1962, elle était mi-française, mi-algérienne. un entre-deux, un stop-montre, un fige-calendrier. Notre voyageur ne se contentait pas de voyager dans le temps, il lui fallait aussi rejoindre ce à quoi il faisait allusion. D'abord attendant qu'une main ne s'en saisisse, déjà retrouvée, maintes fois pliée, dépliée, repliée et scribouillée de partout; gardant parfois des notes inintelligibles comme si son rôle était de garder encore le secret d'une telle déroute.
Je cherchais Djanet dans les lignes des tropiques, je l'ai trouvée facilement grâce aux couleurs dénotant des altitudes respectables. je traçais de mon doigt la trajectoire qui nous y emmenait ; le temps d'arriver à ce point, mon doigt sentait se dégager une odeur de brûler ... d'envie.


J01 : Déjà dans l'avion de la Tassili Airlines; des hélices de part et d'autre nous renseigne sur les décibels à supporter pendant 03h45 de vol. Avec une petite halte à Illizi, nous considérions que les déplacements en avions ressemblaient plus à des détours par bus de la SOGRAL. A petit avion, petits estomacs : notre collation ressemble plus à une veille d'opération chirurgicale. 
A l'arrivée, nous sommes accueillis par Larbi, le chef d'Agence ONAT qui nous fait découvrir le long des 30 Km nous séparant de l'auberge, un avant-goût de ce qui nous attend.
L'auberge fait partie de l'ancien Fort Charlet. Il surplomb une Oasis qui puise son eau dans un Oued connu pour avoir rendu muet à jamais le chanteur Athmane Bali.



J02:
08h00 : Le petit-déjeuner pris, nous préparons nos affaires pour embarquer à bords de 02 véhicules vers notre première étape : Iherir. l'expédition est composée de 02 guides : Brahim et Farid alias "Lyxon" ainsi que Tahar le cuisinier. 




08h30 : Départ : Iherir s'annonce lointaine, pourtant ce ne sont que 200 Km qui nous séparent du début de cette aventure. La route nationale 3 (RN3) est notre ligne directrice, le Oued Idjriou donne le top départ. Nous découvrons par anticipation les endroits qu'on va visiter : Timghas, Imouroudene, Essendilene, l'Erg Admer entre autres.
Cette route a d'intéressant cette optique panoramique où les pistes mènent sans doute quelque part, pour peu qu'on connait le ciel et son manteau étoilé : Tamanrasset au Sud Ouest, la Libye à l'Est ou le Ténéré au Niger plus au Sud.
L'erg Admer est visible de loin comme un manteau d'une cinquantaine de kilomètres. Mais sans le concours des divers manteaux rocheux aussi intrigants de part leurs tailles que leurs formes, notre imagination ne pourrait pas distinguer tantôt des portes de donjons murées, des molaires géantes mangeant le ciel voire des animaux imaginaires. Nos yeux sont nos amis, nos yeux sont nos ennemis...
Nous faisons une petite pause après 2 heures 20 de route. On en profite pour jauger nos appareils photos, s'asseoir à même l'asphalte, apprécier le sable de part et d'autre.
Une plaque annonce Illizi à 320 Km mais ce n'est pas notre objectif.



A 11h11, nous entrons en piste près du Oued Taner; nous prenons place afin de collecter du bois pétrifié que nous utiliserons pour faire du feu les soirées de bivouac. On s'y met tous avant de trouver le déjeuner préparé par Tahar et Farid. Alors que la sieste dorlote les autres, je continue à marcher un peu pour collecter d'autres morceaux de bois. Brahim finit par ranger les copeaux sur le toit de son 4x4 et on repart pour continuer notre route.
Notre route est parsemée de flore typique, d'Acacias surtout mais aussi de plantes qu'il ferait mieux de ne pas s'en approcher. Des campements nomades sont observés ça et là avec de la musique surtout Touareg mais parfois insolite ... Jammin' ...




Nous arrivons à Iherir à 16h30. Nous sommes accueillis dans une auberge constituée de plusieurs petite huttes faites de pierraille et tourbe. Petit à petit le soleil se cache avant de se coucher car Iherir se trouve encerclée de montagnes, l'isolant du reste.   
Après avoir déballé nos affaires, nous entamons une petite virée dans le village. Un militaire s'enquiert de notre visite et laisse ses coordonnées au cas où. Un peu plus bas, nous rencontrons un groupe d'enfants étonnamment contents de jouer pieds nus pour certains avec un pneu : Cherifa, Ahmed, Mabrouka, Rahma, Leila, Noubia, Meriem et Lahsen pour ne citer que ceux là affichent un sourire complice et prennent la pause communément devant nos appareils photo. On se quitte pour passer un bon moment avec Brahim et Ahmed (le guide qui nous fera découvrir l'étape Iddharen demain matin) autour d'un thé où une discussion enrichissante nous a fait découvrir un peu la vie de tous les jours.
La nuit s'annonce froide, nous nous débattons pour que le corps reste chaud. à partir de 04h00, je guette demi heure par demi heure un rayon de soleil pour me pousser hors de cette hutte. Patienter devient un art à qui sait le savourer.


J03 :
Il doit être 07h00; je marche un peu et me dirige vers la hutte centrale où je trouve Ahmed en train de préparer un thé. Tahar se lève pour préparer le petit-déjeuner. Les uns et les autres se lèvent petit à petit avant de se rejoindre dans la hutte centrale. Prévu ce jour de faire une randonnée le long du Oued Idharen ("à pieds") jusqu'au village.
La randonnée s'annonce magnifique, rien qu'en descendant la pente rocheuse où un majestueux paysage mi-rocheux,mi-plameraie nous happe dans son microcosme. Nous marchons non sans s’émerveiller devant chaque partie du Oued qui change d'aspect jusqu'à un canyon. Le niveau de difficulté est moyen et la respiration devient un exercice rigoureux pour ne pas s'essouffler. Nous faisons d'abord une halte où moi et Mina on barbote nos pieds dans une eau glacée qui vous pique jusqu'à la douleur mais dont l'effet secondaire est plaisant; la seconde halte où Rafik se décide d'aller piquer un plongeon, je le suis non sans faire profiter le silence de mes cris de douleur à cause du froid .... c'était tonifiant.



De retour au village, nous déjeunons puis reprenons la route vers 13h45 pour aller à Dider où des gravures rupestres d'un bestiaire nous attendent depuis quelques milliers d'années. La visite se fait sous le regard du gardien; nous sommes pieds nus. La rencontre est brève, pourtant chaque instant a été savouré. Un sentiment fugace nous traverse où l'on a peur que tout cela ne soit mis en miettes. 
Avant de rejoindre l'Erg, nous faisons une halte par Bordj El Houas où on s'alimente avec du carburant. Arrivé près d'une Dune, nous attendons le véhicule où se trouve Rafik et Bachir. Brahim entame une pyramide de points pour dessiner des antilopes, nous (moi, Mina et Malika) nous essayons chacun au dessin sur sable.
Nous entamons notre marche sur une dune de plus en plus haute, à la recherche du soleil afin qu'il nous embaume dans ses derniers rais de lumière. Malika peine à arriver mais finit par le faire. Ouf ! Nous sommes assis sur le bord de cette dune hôtesse et on pousse à l'unisson un cri de joie, un cri d'y être arrivés.
Le coucher du soleil s'opérant de plus en plus, nous commençons à sentir la fraicheur nous envahir, sur quoi nous descendons rejoindre les guides tapis près d'un arbre. Les tentes sont dressées, le dîner nous réchauffe avant la soirée qui s'annonce encore une fois froide, voire glaciale. Le ciel est dégagé, le clair obscur me fait rappeler des scènes de cinéma où l'on essaie de simuler cette lumière en plein jour. Nous dormons tous ou presque. Je suis réveillé par des bruits émanant de l'extérieur où Malika est émerveillée devant des étoiles filantes, aux côtés de Rafik et Bachir. Une nuit étoilée ne se rate pas, je l'ai fait .... je l'ai ratée.



J04 :
Il est 06h45, le réveil est difficile. Il fait encore froid avec une brise qui n'arrange pas les choses. Je me décide de sortir de ma tente et me met à marcher en faisant des cercles. Le soleil se lève ignorant nos os presque arthritiques. Un petit footing s'impose pour désenclaver mes membres restés inertes. Quand tout le monde s'est réveillé, et après le petit-déjeuner, nous partons vers Issendilène. 
Le chemin pour arriver à ce lieu aurait dû se faire à pieds, ce qui est frustrant vu les différents tableaux qui s’offrent à nous, mais ce n’est pas le but de notre virée. Une fois sur place, nous faisons la rencontre de Boukheni, peut-etre l’unique habitant avec sa famille, le gardien de ce canyon dont la végétation est bien fournie. Notre marche durera au total un peu plus de 2 heures, pendant laquelle nous nous sentons petits, tellement petits qu’un petit caillou pourrait nous écraser sans perturber la quiétude de l’endroit.  Brahim nous fait découvrir des rats musqués tapis dans des crevasses, mais nous ne sommes pas au bout de nos découvertes. Au point de retour, nous faisons une halte au niveau d’une guelta avec des plantes   



(A suivre)


Parution. Je dois tout à ton oubli de Malika Mokeddem

 

Elle avait oublié des années durant, occultant l’incident jusqu’à ce qu’une patiente à elle meure d’un arrêt cardiaque. Dr. Moufid a renoué avec le sable, élément primaire de son enfance. Dans les tourments, les tornades. Ne voit-elle pas enfin les choses avec clarté ? Elle se souvient du meurtre commis par sa mère sur un nouveau-né. Déshonneur et machination, des éléments de contre-vérité.

Le roman retrace la relation mère-fille, une désunion plus qu’une fusion teintée de lien filial. Elles ne s’aiment pas. Qu’est-ce que l’amour ? Elles se vouent une haine sourde. Chacune a ses raisons mais ne verront pas la machine avancer. Selma revient au berceau de la mort pour faire parler la génitrice. Elles ne partageront que des yeux hagards, des griefs mille fois ressassés, le silence est une souffrance, savoir enfin la vérité est une calamité car Selma préfère de loin qu’on réfute ses soupçons au lieu de les confirmer.

Dr. Selma, algérienne du sud (Béchar), ayant fait ses études à Oran puis installée en France. Encore une fois, Malika Mokeddem nous sert son propre parcours sous la trame d’un roman. Enième tentative pour exorciser le mal d’une famille vivant les traditions d’une manière quelque part rétrograde. On est surpris parfois par la froideur que dégage ce couple. Une glaciation émanant beaucoup plus de la fille qui s’insurge contre l’ordre établi et balaie d’un coup les qu’en-dira-t-on.

Malika Mokeddem a le toupet d’envoyer balader les convenances et n’en faire fi. Elle dérangera tant et ça lui va bien.




C'est avec stupeur et tremblements qu'on peut se donner le coup de grâce si l'on veut montrer qu'on est indigne face à l'empereur nippon. De joie, il en sera irradié.
Telle fut la sentence que préféra Sandrine Testud, alias Amélie San, de proférer face à sa supérieure hiérarchique Fubuku, telle une tempête de neige, glaçon au pays du soleil levant.
Amélie Nothomb rêve de Japon, son pays natal où elle vécut cinq ans avant de rejoindre l'occident, non sans avoir pris cela comme une déchirure qui l'eut peinée toute sa vie. Heureusement que la compagnie Yumimoto est là pour lui permettre de revenir.
C'est un concours du combattant qu'elle devra suivre, subir ls brimades, les humiliations pour qu'elle puisse prétendre à être une vraie japonaise, digne devant l'incongruité. Elle se fera maltraitée une année durant, dont six mois d'affectation aux toilettes pour changer le papier hygiénique.
Quelle immense joie que de savoir que cette expérience a permis l'apogée de l'oeuvre nothombinesque singulière qu'elle est.




Être Harrag, c'est partir de son pays d'origine vers un autre (plus clément ?) via un circuit de toute clandestinité. On renie son origine géographique afin de prétendre à des conditions de vie plus propices au bien-être.
C'est aussi partir, fuir les siens afin de clamer une liberté qui ne colle pas aux normes.
Lamia vit avec pour seule amie, la solitude. Dans sa maison à Rampe Vallée (Alger ), elle est la gardienne d'une demeure aux histoires diverses, aux fantômes qui assistent médusés à ce qui arrive de nos jours.
Lamia assiste aux départs successifs de ses parents, de son frère aîné, et voila que son petit frère s'en va, vers Oran, peut-être aller très loin encore. Elle est sans nouvelles, quand, un jour, on frappe à la porte : Une jeune fille apparait avec ses air de lolitas, elle a dix-sept ans , un ventre gonflé et la missive du jeune frère pour qu'on s'occupe d'elle. Lamia n'en croit pas ses yeux mais elle la laisse rentrer; elle finit même par s'attacher à elle.
Le roman dresse un tableau qui englobe le phénomène de l'immigration clandestine. Parfois, on verse dans la chronique (raconter des passages de reportages télé),
On retient que Cherifa (Lolita) est une immigrée clandestine de la pensée unique; une fille qui a fui pour ne pas être ce qu'on voudrait qu'elle soit. Les algériens sont presque tous des Harraga, encore faut-il savoir resister à embrasser l'idée unique.


Peter-Zeus Lama est un artiste qui ne rate pas d'occasions pour faire parler de lui. Il rencontre un jeune homme sur le point de mettre fin à ses jours. il le sauve de sa folie pour servir la sienne. 

Il lui propose de disposer entièrement de son corps pour qu'il devienne une oeuvre d'art, le jeune homme se livre corps et âme à celui qui en fera Adam bis: une créature dotée de prothèses, et complétement refondée selon la vision artistique de Lama.

Quelle mort se cherche le jeune Farelli qui reste sous l'ombre de ses frères tellement beaux, tellement riches et idolâtrés. Sans doute, une mort plus que la mort elle même : se vendre pour n'exister plus, substituer une autre image à celle qu'il croit voir, se voir anéantir sous un autre parraître lui donnant un attrait, non pas de l'humain envers la beauté, mais envers la possibilité d'être ce dont on a peur d'être.

Mais alors que le processus est déja entammé qu'Adam bis découvre deux personnes qui lui ouvrent les yeux sur une fenêtre dont le support est un tableau. L'art création, douceur des couleurs, singularités des sensibilités. Son coeur bat pour Fiona.

Il s'en suivra un combat féroce entre lui et l'institution qui l'achetera pour un de ses musées, ainsi qu'un autre combat que doit se livrer le corps contre lui même. 

Un roman touchant que je verrais bien sur l'écran.

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